Février est le mois de sensibilisation à l’intolérance au lactose au Canada, l’occasion parfaite pour démêler le vrai du faux sur ce sujet qui touche beaucoup de gens et qui est souvent mal compris. Si tu as l’impression que ton ventre proteste chaque fois que tu bois du lait ou que tu manges une crème glacée, tu n’es clairement pas seul.

C’est quoi, au juste, l’intolérance au lactose ?
Le lactose, c’est le sucre naturel présent dans le lait et les produits. Pour le digérer, l’intestin grêle produit une enzyme appelée lactase, qui découpe le lactose en deux petits sucres faciles à absorber.
Quand on est intolérant au lactose, on manque de lactase. À ce moment, le lactose arrive presque intact dans la partie de l’intestin appelée le côlon. Il y est fermenté par les bactéries et cela crée des gaz, des ballonnements et possiblement de la diarrhée.
Fait important, l’intolérance au lactose n’est pas une allergie au lait. Les deux ne se traitent pas de la même façon, d’où l’importance de bien les distinguer.
- Intolérance au lactose : Problème de digestion (enzyme qui manque). Les symptômes sont surtout digestifs mais pas dangereux en soi.
- Allergie aux protéines de lait de vache : Réaction du système immunitaire. Elle peut causer de l’urticaire, des vomissements, une respiration difficile et voire même une réaction sévère chez les bébés et les enfants.
Une réalité fréquente au Canada
Les données les plus récentes suggèrent qu’environ 4 canadiens sur 10 ont une capacité réduite à digérer le lactose.
On appelle cela la « malabsorption du lactose ». En pratique, environ 1 adulte sur 6 se considère intolérant au lactose dans les sondages, ce qui montre que tout le monde ne réagit pas de la même façon à ce déficit de lactase.
La prévalence varie aussi selon l’origine. L’intolérance est beaucoup plus fréquente chez les personnes d’origine asiatique, africaine, hispanique ou autochtone que chez celles d’origine nord-européenne.
Au Québec, comme ailleurs au pays, on voit donc un mélange de profils, avec des gens très sensibles et d’autres capables de tolérer de petites à moyennes quantités de lactose sans gros symptômes.
Les symptômes à surveiller
Les symptômes apparaissent généralement entre 30 minutes et quelques heures après la consommation d’un aliment contenant du lactose.
On retrouve souvent :
- Ballonnements, sensation de ventre gonflé.
- Gaz et inconfort abdominal.
- Crampes ou douleurs au bas du ventre.
- Diarrhée ou selles molles, parfois urgentes.
- Parfois des nausées, surtout si la quantité consommée est importante
L’intensité dépend beaucoup :
- de la quantité de lactose consommée;
- du type d’aliment (un verre de lait versus un morceau de fromage vieilli);
- et de la quantité de lactase que chaque personne produit encore.
À noter : Ces symptômes ressemblent à ceux d’autres troubles digestifs comme le syndrome de l’intestin irritable (SII). Si les symptômes sont fréquents, importants ou difficiles à comprendre, ça vaut la peine d’en parler avec un professionnel de la santé.
Comment savoir si on est vraiment intolérant ?
1. Le « test maison » supervisé
La majorité des lignes directrices suggèrent, en premier lieu, de faire un essai encadré par un professionnel. Ce test est plus simple, facile à faire à la maison, peu couteux et évite des tests plus poussés dans la majorité des cas.
Voici ce qui est effectué dans ce test :
- Réduire nettement les apports en lactose pendant 1 à 2 semaines.
- Voir si les symptômes diminuent.
- Puis réintroduire graduellement des aliments contenant du lactose pour observer la tolérance.
Cette approche peut être utile, mais avec l’accompagnement d’un professionnel (médecin, nutritionniste, pharmacien) pour éviter des restrictions inutiles et des carences, surtout en calcium et vitamine D.
2. Le test respiratoire à l’hydrogène
Le « breath test » à l’hydrogène ou celui combinant hydrogène et méthane est l’examen le plus précis pour confirmer l’intolérance au lactose. La personne boit une solution contenant une quantité connue de lactose. Puis, on mesure régulièrement l’hydrogène et/ou le méthane dans l’air expiré ; une hausse importante indique que le lactose n’a pas été digéré et a fermenté dans le côlon.
Ce test est généralement demandé par un médecin ou un spécialiste (gastroentérologue dans certains cas) quand les symptômes sont importants, non-confirmés par le test supervisé ou qu’on veut confirmer le diagnostic.
3. Attention à l’auto-diagnostic
Beaucoup de personnes s’auto-diagnostiquent intolérantes au lactose. Par contre, pour une bonne partie d’entre-elles, les symptômes, souvent digestifs, peuvent être dus à d’autres causes très variées. Cela peut être le syndrome du colon irritable, certaines intolérances, hypersensibilités ou autres problèmes médicaux. Il faut donc en parler à votre professionnel de la santé si vous croyez être atteint d’intolérance au lactose.
Et l’allergie aux protéines bovines dans tout ça ?
L’allergie aux protéines de lait de vache (souvent appelée APLV) n’est pas une intolérance au lactose. C’est une réaction du système immunitaire contre les protéines du lait, et elle touche surtout les bébés et les jeunes enfants.
Certaines réactions sont rapides :
- urticaire,
- enflure,
- vomissements,
- difficultés respiratoires
D’autres sont plus tardives et surtout digestives :
- vomissements,
- diarrhée,
- parfois sang ou mucus dans les selles,
- eczéma,
- irritabilité
Si on soupçonne une APLV chez un enfant, il faut consulter et éviter toute réintroduction « pour voir », car une réaction allergique peut être sévère. Ensuite, le traitement repose sur l’élimination des protéines de lait de vache et, au besoin, sur des préparations hypoallergéniques (hydrolysées extensivement ou à base d’acides aminés).
Bonne nouvelle, on peut souvent continuer à manger des produits laitiers !
Être intolérant au lactose ne veut pas forcément dire ne plus jamais consommer de produits laitiers. Pour la plupart des gens, c’est plutôt une question de dose et de choix des aliments.
Exemples d’aliments souvent mieux tolérés :
- Fromages fermes ou vieillis (ex : cheddar vieilli, suisse, parmesan)
- Yogourt avec cultures vivantes
- Petites portions de lait ou de crème, prises avec un repas plutôt qu’à jeun.
Ces aliments contiennent très peu de lactose ou sont plus faciles à digérer grâce aux bactéries présentes.
Produits sans lactose
Plusieurs produits sans lactose sont facilement accessibles dans les épiceries et commerces. Vous pouvez trouver du lait, de la crème, du yogourt et même du fromage sans lactose. Dans ces produits, le lactose est déjà « coupé » en sucres simples par l’enzyme lactase intégrée dans le processus de fabrication. Ces produits gardent les protéines, le calcium et la vitamine D du lait, tout en étant beaucoup mieux tolérés pour la majorité des personnes intolérantes.
Alternatives végétales
Les boissons végétales (soya, avoine, amande, etc.) peuvent être une option, surtout celles enrichies en calcium et vitamine D. Il faut toutefois choisir des produits enrichis en calcium et vitamine D et surveiller le sucre ajouté. De plus, la teneur en protéines varie beaucoup entre les produits ; la boisson de soya est généralement celle qui se rapproche le plus du lait sur ce plan.
Enzymes lactase en comprimés ou gouttes
Les comprimés ou capsules de lactase (p. ex. Lactaidmd et équivalents génériques) contiennent l’enzyme qui manque aux gens souffrant de cette intolérance. Ils se prennent juste avant de consommer un aliment contenant du lactose.
En pratique, on avale un ou plusieurs comprimés au début du repas contenant du lactose (la dose varie selon le produit et la sensibilité de la personne). Cela peut permettre aux intolérants de consommer, à l’occasion, des produits contenant du lactose, comme une pizza, une crème glacée ou un latté sans trop de symptômes.
Ton pharmacien peut t’aider à choisir le produit, la dose et le moment de prise en fonction de tes habitudes alimentaires et de tes autres médicaments.
Et le calcium, dans tout ça ?
Le risque, quand on coupe les produits laitiers trop drastiquement, c’est de se retrouver avec des apports insuffisants en calcium et en vitamine D, surtout si ce n’est pas compensé par d’autres sources. Des apports insuffisants peuvent, à long terme, affecter la santé osseuse, particulièrement chez les enfants, les ados, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes âgées.
Stratégies possibles :
- Privilégier les produits laitiers sans lactose.
- Intégrer des yogourts et fromages mieux tolérés.
- Choisir des boissons végétales enrichies en calcium/vitamine D.
- Au besoin, discuter de suppléments avec ton pharmacien ou ton médecin.
Quand consulter ?
Tu devrais en parler à un professionnel de la santé (médecin ou pharmacien) si :
- tes symptômes digestifs sont fréquents ou importants;
- tu as de la diarrhée persistante, une perte de poids involontaire, du sang dans les selles ou des douleurs importantes;
- tu dois presque tout le temps éviter les produits laitiers et tu crains des carences;
- tu n’es pas certain s’il s’agit d’une intolérance au lactose, d’une allergie ou d’un autre problème (SII, maladie cœliaque, etc.).
En pharmacie, on peut t’aider à :
- analyser la situation (symptômes, moment d’apparition, aliments déclencheurs);
- te conseiller des produits (sans lactose, enzymes, options alimentaires);
- te dire si ça vaut la peine de consulter un médecin ou un nutritionniste.
Pas besoin de tout éviter, il suffit de mieux choisir
L’intolérance au lactose peut sembler compliquée au début, mais une fois qu’on comprend mieux son corps et qu’on connaît les options disponibles, ça devient beaucoup plus facile à gérer. La plupart des gens peuvent continuer à consommer des produits laitiers en choisissant les bons aliments, en ajustant les portions ou en utilisant des enzymes au besoin.
Le vrai défi, c’est de ne pas tomber dans l’élimination excessive qui pourrait mener à des carences en calcium et vitamine D. Ton pharmacien est là pour t’accompagner. Il peut évaluer ta situation, te proposer des solutions adaptées et te diriger vers un médecin ou un nutritionniste si nécessaire.
Tu n’as pas à vivre avec les ballonnements et l’inconfort. Les solutions existent, et février est le moment parfait pour reprendre le contrôle sur ta digestion !
Auteur : Jean-Philippe Simon, pharmacien
Références
https://cdhf.ca/fr/comprendre-lintolerance-au-lactose-et-les-alternatives-sans-lactose/
https://cdhf.ca/fr/digestive-conditions/lactose-intolerance/
https://www.merckmanuals.com/fr-ca/accueil/troubles-digestifs/malabsorption/intolérance-au-lactose
https://modilac.ca/fr/notre-expertise-nutrition/lallergie/intolerance-au-lactose-causes-symptomes-et-solutions
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7204802/
https://academic.oup.com/jcag/article/3/3/103/5213074
https://www.pharmachoice.com/lactose-intolerance-symptoms/
https://cdnsciencepub.com/doi/abs/10.1139/apnm-2012-0368
https://www.lactolerance.fr/blog/breath-hydrogen-test/
https://centredigestifdescedres.fr/interventions/test-respiratoire/lactose/
https://savoirlaitier.ca/fr/nutrition-et-sante/intolerance-au-lactose/lintolerance-au-lactose-les-recommandations-des-autorites-de-sante
https://www.noovomoi.ca/cuisiner/trucs-et-inspirations/article.comment-remplacer-10-produits-laitiers-par-des-options-veganes.1.13888107.html
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