Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) soulève beaucoup de questions, et parfois beaucoup d’inquiétude. Faut-il médicamenter ? Est-ce la bonne dose ? Que faire avec les effets secondaires ? Et si le médicament est en rupture de stock ?
Trop souvent, le débat se résume à « pour ou contre la médication ». On vous propose de changer d’angle. La vraie question, une fois le diagnostic posé par le médecin, c’est plutôt : « Comment assurer un traitement efficace et sécuritaire au quotidien? ». Et sur ce terrain, votre pharmacien est un allié de proximité, autant pour votre enfant que pour vous. Car oui, le TDAH concerne aussi les adultes.

Chaque personne réagit différemment au traitement
Il n’existe pas de « pilule magique » ni de médicament unique qui convient à tout le monde. Trouver le bon traitement, c’est un processus d’ajustement : la bonne molécule, la bonne dose et la bonne durée d’action, adaptées à chaque personne. C’est tout à fait normal que cela prenne quelques essais, et votre pharmacien peut vous accompagner à chaque étape de cet ajustement, en collaboration avec votre médecin.
Il existe deux grandes familles de médicaments :
- Les stimulants (comme le méthylphénidate et les amphétamines) sont les plus utilisés. Ils agissent rapidement, souvent dès la première journée, en augmentant certaines molécules du cerveau (la dopamine et la noradrénaline) qui aident à la concentration et au contrôle de soi.
- Les non-stimulants (comme l’atomoxétine ou la guanfacine) agissent surtout sur la noradrénaline. Ils prennent quelques semaines avant de donner leur plein effet, mais peuvent être un bon choix lorsque les stimulants ne conviennent pas ou en présence de certaines conditions associées.
Ces médicaments sont efficaces, mais la plupart sont des substances contrôlées qui ne conviennent pas à tout le monde. C’est justement pourquoi un suivi personnalisé avec votre médecin et votre pharmacien est si important. Votre pharmacien peut vous expliquer à quoi vous attendre avec chaque option, et en combien de temps.
Gérer les effets secondaires au quotidien
La plupart des effets secondaires sont fréquents, gérables et souvent temporaires. Quelques trucs concrets :
Perte d’appétit
- Prendre le médicament pendant ou après le repas plutôt qu’avant.
- Offrir des collations nutritives et caloriques tôt le matin et le soir, quand l’effet du médicament s’estompe et que la faim revient.
Sommeil (endormissement plus difficile)
- Viser une bonne hygiène de sommeil (routine régulière, écrans éteints avant le coucher).
- Revoir l’heure de la dernière dose avec le prescripteur.
- La mélatonine est parfois envisagée, mais toujours à discuter avec un professionnel d’abord.
Il est aussi normal que le médecin ou le pharmacien vérifie de temps en temps la tension artérielle et le pouls, ainsi que la taille et le poids chez l’enfant. Les stimulants peuvent légèrement augmenter la fréquence cardiaque et la tension, et un suivi simple permet de s’assurer que tout va bien, surtout lors d’un changement de dose. Si un effet secondaire persiste ou vous inquiète, votre pharmacien peut évaluer la situation sans rendez-vous et ajuster le suivi avec votre médecin au besoin.
Une rupture de stock ? Voici ce qui se passe en coulisses
Les ruptures de médicaments pour le TDAH sont malheureusement fréquentes, et elles génèrent beaucoup de stress. Sachez que lorsqu’un médicament manque, votre pharmacien ne reste pas les bras croisés.
En coulisses, il :
- vérifie les stocks et fait de l’entraide entre pharmacies;
- communique avec le médecin pour trouver une solution ou une alternative équivalente, et peut au besoin assurer la continuité de votre traitement pendant que la situation se règle;
- vous accompagne pour éviter une interruption de traitement.
Le meilleur réflexe ?
Appeler la pharmacie tôt, dès qu’il ne reste que quelques jours de médicament. N’attendez pas d’être rendus à la dernière pilule : si un problème d’approvisionnement se présente, cela laissera le temps à votre équipe de pharmacie de travailler sur le problème. Se prendre d’avance pour vos renouvellements aide aussi celle-ci à mieux gérer le volume de travail quotidien. Vous l’aidez donc à vous aider et à être disponible pour vous.
Le TDAH ne concerne pas que les enfants
Le TDAH n’est pas seulement une réalité de l’enfance : il persiste souvent à l’âge adulte et touche environ 2,5 à 3 % des adultes au Canada. On en parle davantage aujourd’hui, et c’est une bonne nouvelle : beaucoup d’adultes n’avaient jamais été diagnostiqués. Chez l’adulte, le suivi s’adapte aux réalités du travail, des études et de la vie familiale.
Longtemps, on a cru que le TDAH touchait surtout les garçons turbulents. On sait aujourd’hui que les filles et les femmes sont souvent diagnostiquées plus tard durant leur vie, parfois seulement à l’âge adulte. Chez elles, le TDAH se manifeste plus souvent par de l’inattention et de la difficulté à s’organiser que par de l’agitation visible, et il s’accompagne fréquemment d’anxiété ou de baisses d’humeur. D’ailleurs, les diagnostics récents chez les adolescentes et les jeunes femmes ont augmenté plus vite que chez les garçons du même âge depuis la pandémie – un signe que le rattrapage est bel et bien commencé. Résultat : les symptômes passent plus facilement inaperçus. Si vous vous reconnaissez, il n’est jamais trop tard pour en parler à votre médecin ou à votre pharmacien.
Le Québec, un cas particulier
Le Québec affiche des taux de diagnostic de TDAH parmi les plus élevés au pays – près de 23 % des élèves du secondaire rapportaient un diagnostic en 2016-2017, comparativement à environ 7 % dans le monde. Ces chiffres ont nourri un débat légitime en recherche sur un possible surdiagnostic. Bonne nouvelle : après des années de hausse, l’usage de médicaments s’est stabilisé depuis 2017-2018, selon une étude québécoise récente portant sur près de 4,8 millions de jeunes.
Si vous avez des doutes sur un diagnostic, que ce soit le vôtre ou celui de votre enfant, votre pharmacien peut en discuter avec vous, revoir l’évolution du traitement dans le temps et vous orienter vers une réévaluation avec le médecin si c’est pertinent.
Un traitement multimodal, pas juste une prescription
Le traitement ne se limite pas au médicament. Le TDAH se traite de façon multimodale, et l’approche varie selon l’âge :
- Tout-petits (4-5 ans) : les approches comportementales et l’accompagnement des parents viennent avant la médication.
- Enfants d’âge scolaire : le médicament agit vite sur les symptômes, mais on le combine aux stratégies comportementales, à l’organisation de la routine et au soutien scolaire pour améliorer les relations, le comportement et le rendement.
- Adultes : la thérapie cognitivo-comportementale complète efficacement la médication.
Un bon sommeil et l’activité physique aident aussi, en appoint. Attention par contre aux fausses solutions : le neurofeedback, l’entraînement cognitif et les suppléments « miracles » ne remplacent pas les traitements éprouvés. Votre pharmacien peut vous aider à distinguer ce qui repose sur des données probantes de ce qui relève du marketing.
Bien utiliser son traitement : quelques distinctions importantes
Le TDAH peut ressembler à d’autres réalités
Anxiété, troubles du sommeil, stress : les symptômes se chevauchent souvent (difficulté à se concentrer, agitation, sommeil perturbé), et ces conditions peuvent même coexister avec le TDAH. C’est pourquoi le diagnostic revient au médecin. Le pharmacien, lui, aide à y voir clair dans les médicaments et à repérer si un autre problème pourrait être en jeu.
Des substances contrôlées à manipuler avec soin
Les stimulants sont très efficaces, mais encadrés de près. Quelques réflexes simples :
- ne jamais partager sa médication, même avec un proche qui a des symptômes semblables;
- ranger les comprimés hors de la portée des enfants et des adolescents;
- signaler rapidement à la pharmacie toute perte ou tout vol.
Ces précautions font partie d’un usage sécuritaire, sans aucun jugement.
Les « pauses » de médicament
Certaines familles se demandent s’il faut prendre des pauses de médicament, par exemple la fin de semaine ou durant l’été. Cette approche peut aider dans certains cas (par exemple pour l’appétit ou la croissance) ou permettre de réévaluer si le traitement est toujours nécessaire, mais elle ne convient pas à tout le monde : le TDAH ne s’arrête pas à la porte de l’école et peut nuire à la maison comme au travail, même les jours de congé. C’est une décision à prendre au cas par cas avec le prescripteur. Votre pharmacien peut aussi vous conseiller sur le sujet.
Point important à se rappeler : certains médicaments (par exemple, la guanfacine ou la clonidine) ne doivent jamais être arrêtés d’un coup, car cela peut faire remonter la tension artérielle, causer d’autres effets secondaires, ou entraîner le retour de symptômes actuellement contrôlés par la médication.
Avant de modifier quoi que ce soit, peu importe le médicament, autant en TDAH que pour la majorité des autres maladies, votre pharmacien peut vous guider sur la bonne façon de procéder.
En résumé : votre pharmacien, votre allié de proximité
Un traitement du TDAH qui fonctionne, ce n’est pas seulement la bonne pilule : c’est le bon suivi. Que vous ayez des questions sur le médicament de votre enfant ou sur le vôtre, une perte d’appétit ou un sommeil difficile qui vous inquiète, ou un doute sur la dose, votre pharmacien peut en discuter avec vous dès aujourd’hui, sans attendre le prochain rendez-vous chez le médecin.
Et si vous êtes un adulte qui se reconnaît dans ce qu’on vient de décrire, rappelez-vous que le TDAH ne concerne pas que les enfants. Accessible, sans jugement, et toujours en équipe avec votre médecin : c’est ça, votre pharmacien de proximité.

Auteur : Jean-Philippe Simon, pharmacien
Lecture complémentaire :
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La mélatonine démystifiée
Références
- Institut de la statistique du Québec. Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire, 2016-2017.
- Gascon A, Gamache D, St-Laurent D, Stipanicic A. Do we over-diagnose ADHD in North America? A critical review and clinical recommendations. Journal of Clinical Psychology. 2022.
- Vasiliadis HM, Diallo FB, Rochette L, et al. Temporal Trends in the Prevalence and Incidence of Diagnosed ADHD in Children and Young Adults Between 1999 and 2012 in Canada: A Data Linkage Study. Canadian Journal of Psychiatry. 2017.
- Gignac M, Fansi AAK, Lunghi C, et al. Prevalence, Trends and Patterns of ADHD Medication Use Among Children, Adolescents and Young Adults in Quebec, Canada: A Repeated Cross-Sectional Population-Based Study From 2000 to 2022. Canadian Journal of Psychiatry. 2026.
- Hu K, Desai R, Au S, et al. Trends of incident adult Attention-deficit/hyperactivity disorder diagnoses before, during and after the pandemic provincial state of emergency in British Columbia (2013-2023): a population-based study. Lancet Regional Health – Americas. 2025.
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- Hesson J, Fowler K. Prevalence and Correlates of Self-Reported ADD/ADHD in a Large National Sample of Canadian Adults. Journal of Attention Disorders. 2018.
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