Naloxone : ce qu’il faut savoir pour agir en cas de surdose d’opioïdes

31 Août 2026

Chaque année, le 31 août marque la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses. Cette journée nous rappelle qu’une surdose peut toucher toutes sortes de personnes et qu’un geste simple, comme avoir une trousse de naloxone à portée de main, peut sauver une vie.

 

 

 

Au Canada, la crise des surdoses demeure un enjeu majeur de santé publique. Le nombre de décès liés aux opioïdes a plus que doublé entre 2019 et 2021, et la grande majorité de ces décès sont aujourd’hui associés à des opioïdes synthétiques très puissants, comme le fentanyl, souvent présents à l’insu des personnes qui consomment.

Une surdose ne devrait jamais être associée uniquement à une consommation illégale. Les opioïdes sont aussi des médicaments prescrits pour soulager la douleur. Une intoxication peut survenir lors d’une mauvaise utilisation, d’une combinaison avec d’autres substances ou à cause de la présence inattendue d’un opioïde puissant dans une drogue non réglementée. Des cas de surdoses ont même été rapportés, quoique rare, lors d’un usage conforme à la posologie prescrite, notamment chez une personne particulièrement sensible aux opioïdes, ou présentant d’autres facteurs de risque comme un âge avancé, des problèmes rénaux, hépatiques ou respiratoires, ou la prise simultanée d’autres médicaments qui ralentissent la respiration.

Cette journée vise également à réduire la stigmatisation liée à la consommation de substances psychoactives. C’est important, car la peur d’être jugé peut empêcher une personne de demander de l’aide, ou un témoin d’intervenir. Au Québec, la Loi sur les bons samaritains secourant les victimes de surdose protège à la fois les témoins et les victimes de surdose lors d’une intervention.

 

Qu’est-ce qu’une surdose d’opioïdes?

 

Les opioïdes sont une famille de substances qui comprend notamment le fentanyl, la morphine, l’oxycodone, l’hydromorphone et l’héroïne. Certains sont prescrits, d’autres non.

Lorsqu’une personne en prend en quantité trop élevée, sa respiration peut ralentir dangereusement, devenir irrégulière, voire s’arrêter. C’est ce qui rend une intoxication aux opioïdes potentiellement mortelle.

Le risque augmente lorsqu’un opioïde est combiné à d’autres substances qui diminuent la vigilance, comme l’alcool, les somnifères ou les benzodiazépines. De plus, certaines drogues peuvent contenir un opioïde sans que la personne le sache.

 

Reconnaître les signes d’une surdose

 

Voici les principaux signes à surveiller : 

  • La personne est difficile à réveiller ou est inconsciente.
  • Sa respiration est très lente, irrégulière ou absente. 
  • Elle émet des sons inhabituels, comme des ronflements ou des gargouillements. 
  • Ses lèvres ou ses ongles deviennent bleutés ou grisâtres.
  • Ses pupilles sont très petites. 
  • Sa peau est froide ou moite.

Il ne faut pas attendre que tous ces signes soient présents. En cas de doute, il vaut toujours mieux agir rapidement. 

 

La naloxone : un antidote temporaire  

 

La naloxone est un médicament qui bloque temporairement les effets des opioïdes, notamment leur effet dépresseur sur la respiration. Elle permet de gagner un temps précieux jusqu’à l’arrivée des secours, mais elle ne remplace pas une évaluation médicale.

Au Québec, les trousses offertes au public contiennent deux vaporisateurs nasaux de naloxone. La naloxone agit uniquement lorsqu’un opioïde est en cause : elle ne renverse pas une intoxication causée seulement par des stimulants, de l’alcool ou d’autres substances. Un trousse contenant le même produit mais en version injectable existe aussi mais est de moins en moins utilisée.

L’effet de la naloxone dure environ 30 à 90 minutes, ce qui est parfois plus court que l’effet de l’opioïde en cause. La personne peut donc retomber en détresse respiratoire une fois cet effet dissipé. C’est pourquoi il faut toujours appeler le 911 et rester auprès d’elle.

 

Qui devrait avoir une trousse ?

 

Une trousse de naloxone peut être pertinente pour une personne qui utilise des opioïdes, prescrits ou non, ou pour une personne ayant déjà vécu une surdose. Les proches et les membres de la famille d’une personne à risque sont également concernés, tout comme les intervenants, les travailleurs de rue et les organismes communautaires. En réalité, toute personne qui pourrait un jour être témoin d’une surdose a intérêt à en posséder une.

L’idée centrale : il n’est pas nécessaire de consommer des opioïdes pour demander une trousse. On peut en avoir une simplement pour être prêt à aider un proche ou une autre personne en situation d’urgence.

 

Comment obtenir de la naloxone au Québec ?

 

Plusieurs options existent : les pharmacies communautaires, les organismes communautaires offrant des services en réduction des méfaits, ainsi que certains points de services et établissements de santé. La carte interactive de l’INSPQ permet aussi de repérer facilement les lieux de distribution à proximité.

La naloxone est offerte gratuitement et sans ordonnance dans les pharmacies du Québec. Il suffit d’aller voir votre pharmacien et d’en faire la demande.

À noter pour la région de Montréal : un projet pilote récent permet aux paramédics d’Urgences-santé de remettre une trousse à certaines personnes traitées pour une intoxication aux opioïdes, qu’elles soient transportées ou non à l’hôpital. Depuis son lancement, l’initiative a déjà permis de distribuer plusieurs trousses, et ce nombre continue d’augmenter. Il s’agit pour l’instant d’un projet déployé sur une période limitée, qui sera évalué avant qu’on décide de le maintenir ou de l’étendre. Cette mesure ne remplace toutefois pas l’accès préventif à la naloxone en pharmacie ou dans les organismes communautaires.

 

Que faire en cas de surdose ?

 

Si vous êtes témoin d’une surdose, chaque minute compte. Voici les gestes à poser :

  1. Tentez de faire réagir la personne par des stimuli verbaux et physiques : criez son nom, parlez-lui fort et frottez le centre de sa poitrine (sternum) avec force.
  2. Vérifiez si la personne réagit et si elle respire normalement.
  3. Appelez immédiatement le 911 (ou demandez à quelqu’un de le faire).
  4. Placez la personne sur le dos, la tête légèrement inclinée vers l’arrière, en supportant son cou – cette position permet les manœuvres de réanimation. Si elle a des vomissements, des convulsions ou une respiration irrégulière, placez-la plutôt sur le côté.
  5. Administrez une dose de naloxone dans une narine.
  6. Effectuez les manœuvres de réanimation : faites des compressions thoraciques au rythme d’environ 2 par seconde, à une profondeur de 5 cm. Si vous êtes formé en RCR, ajoutez la ventilation en plus des compressions et de la naloxone.
  7. Si la personne ne réagit pas après 3 minutes, administrez une deuxième dose dans l’autre narine.
  8. Répétez les manœuvres de réanimation et l’administration de naloxone tant que la personne ne réagit pas. Si vous n’avez plus de naloxone, poursuivez les manœuvres de réanimation jusqu’à l’arrivée des secours.
  9. Restez auprès de la personne jusqu’à l’arrivée des secours. Placez-la en position latérale de sécurité si elle recommence à respirer normalement.

Attention : une personne peut se réveiller temporairement après la naloxone, puis redevenir somnolente lorsque l’effet s’estompe. Il faut donc toujours appeler le 911, même si elle semble aller mieux. Si la personne se réveille, expliquez-lui ce qui vient de se passer et l’importance d’être vue par un professionnel de la santé. Dites-lui de ne pas consommer d’opioïdes dans les heures qui suivent, car le risque de refaire une surdose demeure élevé tant que la naloxone n’a plus d’effet.

Voir l’infographie : Naloxone_vaporisateur_nasale_Fiche_INESSS

 

La naloxone est-elle dangereuse ?

 

Voici quelques faits rassurants : la naloxone ne provoque pas de surdose chez une personne qui n’a pas consommé d’opioïdes, et elle ne crée pas de dépendance. Elle peut toutefois provoquer un sevrage soudain chez une personne qui utilise régulièrement des opioïdes; ce sevrage est désagréable (nausées, sueurs, agitation), mais il n’est généralement pas dangereux. Ce risque ne doit jamais empêcher de l’administrer lorsqu’une surdose est possible.

En cas de doute, il vaut toujours mieux agir : la naloxone peut sauver une vie.

 

En conclusion

 

Une trousse de naloxone peut faire la différence entre une surdose mortelle et une survie. Rappelez-vous l’essentiel : appeler le 911 rapidement demeure toujours prioritaire, et demander une trousse à l’avance est une mesure simple et préventive.

Votre pharmacien peut vous expliquer comment l’utiliser et répondre à toutes vos questions. N’hésitez pas à en parler avec l’équipe de votre pharmacie Horizon Santé. Poser des questions, c’est déjà poser un geste pour sauver une vie.

 

 

 

 

Auteur : Jean-Philippe Simon, pharmacien

 

 

 

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Références

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