Soleil et médicaments : un duo parfois risqué

On vérifie la météo, on sort la crème solaire, on pense au chapeau. Mais une chose reste souvent dans l’angle mort : certains médicaments que l’on prend tous les jours peuvent rendre la peau beaucoup plus vulnérable au soleil. Ce n’est ni une raison de paniquer, ni une raison d’arrêter son traitement. Mais plutôt, une raison de plus pour s’informer auprès de votre pharmacien.ne !

 

 

Deux types de réactions bien différentes

 

Quand un médicament et le soleil font mauvais ménage, on parle de photosensibilisation. En gros, ça veut dire que le médicament rend la peau plus sensible aux rayons UV. Mais toutes les réactions ne se ressemblent pas.

 

La réaction la plus courante ressemble à un coup de soleil exagéré. En effet, le médicament, activé par les rayons UV, provoque une brûlure sur la peau qui est bien plus forte que ce à quoi on s’attendrait versus le temps passé au soleil. Ainsi, cela peut aller d’une rougeur intense jusqu’à des cloques ou des taches brunes qui persistent longtemps. Cette réaction peut survenir dès la première exposition, en quelques minutes à quelques heures, touche uniquement les zones de la peau qui ont été exposées au soleil.

L’autre type de réaction est plus rare, mais plus sournoise. Elle implique le système immunitaire. Lors d’un premier contact, le corps peut prendre une à deux semaines à développer une sensibilité. Par la suite, même une faible dose de soleil peut suffire à déclencher une réaction en 24 à 72 heures, qui peut ressembler à de l’eczéma ou à de l’urticaire. De plus, contrairement au premier type, les zones de la peau qui n’étaient pas exposées au soleil peuvent aussi être touchées.

 

Les médicaments les plus souvent en cause

 

La liste est d’ailleurs plus longue qu’on ne le croit. En effet, plusieurs médicaments couramment utilisés peuvent augmenter la sensibilité de la peau au soleil. Pour vous aider à y voir plus clair, voici les principales catégories à connaître, accompagnées d’exemples de médicaments les plus courants.

 

Les antibiotiques figurent parmi les plus photosensibilisants. La doxycycline en est le meilleur exemple ; ce dernier est particulièrement risqué. La ciprofloxacine et certains antibiotiques de la famille des sulfamides (comme le sulfaméthoxazole) sont également dans cette catégorie.

Les anti-inflammatoires, utilisés contre la douleur, comme l’ibuprofène et le naproxène, peuvent aussi poser problème, surtout à doses élevées. Si vous utilisez un anti-inflammatoire en gel ou en crème (comme le diclofénac topique), il est préférable de ne pas exposer la zone traitée directement au soleil pendant le traitement et de la couvrir avec un vêtement.

Les traitements contre l’acné, comme l’isotrétinoïne et les crèmes à base d’adapalène, peuvent également augmenter la sensibilité de la peau au soleil. Même si les réactions sévères restent peu fréquentes, une protection solaire rigoureuse est recommandée tout au long du traitement, autant pour les crèmes que pour les comprimés.

Plusieurs autres familles médicamenteuses sont concernées : certains médicaments pour la pression artérielle (comme l’hydrochlorothiazide, dont on parle plus bas), des médicaments pour le cœur (comme l’amiodarone), certains antidépresseurs, des médicaments pour les troubles psychiatriques ou l’épilepsie, ainsi que des antifongiques comme le voriconazole. Plus rarement, des réactions ont aussi été rapportées avec d’autres médicaments pour la pression.

 

Le cas particulier de l’hydrochlorothiazide

 

L’hydrochlorothiazide (souvent abrégé HCTZ) mérite qu’on s’y attarde, car c’est l’un des médicaments pour la pression artérielle les plus prescrits au Québec.

 

Plusieurs grandes études ont démontré que ce médicament est non seulement photosensibilisant, mais qu’il est associé à un risque accru d’un type de cancer de la peau (le carcinome épidermoïde), surtout lorsqu’il est pris à doses élevées sur plusieurs années. En 2020, l’agence américaine du médicament (la FDA) a d’ailleurs mis à jour l’étiquetage de l’HCTZ pour informer les professionnels de la santé et les patients de ce risque. D’autres médicaments de la même famille, comme l’indapamide, ne semblent pas présenter le même risque.

Le message est clair : il ne faut surtout pas arrêter ce médicament de son propre chef. Mais il faut le prendre comme signal pour renforcer sa protection solaire, surveiller l’apparition de nouvelles lésions sur la peau, et en parler à son pharmacien ou médecin.

 

 

Ce que ça change concrètement 

 

Prendre un médicament photosensibilisant ne signifie pas rester à l’intérieur tout l’été mais plutôt d’adapter ses habitudes. Voici quelques réflexes simples qui peuvent vous aider : 

 

  • Appliquez un écran solaire avec un FPS d’au moins 30, idéalement 50, tous les jours, même par temps nuageux. 
  • Évitez les heures d’ensoleillement intense (soit entre 10 h et 16 h ; les rayons UV sont à leur maximum entre midi et 14 h au Québec). 
  • Privilégiez les vêtements couvrants, un chapeau à large bord et des lunettes de soleil. 
  • N’exposez pas les zones de peau où un gel ou une crème photosensibilisant a été appliqué. 
  • Éloignez-vous des cabines de bronzage : les UV artificiels causent les mêmes réactions que le soleil naturel. 
  • Demandez à votre pharmacien ou vérifiez la monographie de vos médicaments (c’est là qu’on indique généralement le risque de photosensibilité). 
  • Pour certains médicaments pris une fois par jour, votre pharmacien pourrait suggérer de les prendre le soir plutôt que le matin. Selon le médicament, cela peut aider à réduire la concentration dans la peau pendant les heures d’ensoleillement. Ce n’est toutefois pas possible ni utile pour tous les traitements. Votre pharmacien pourra vous dire si c’est pertinent dans votre cas. 

Quelques substances moins connues augmentent aussi la sensibilité au soleil. Le millepertuis (un produit naturel souvent pris pour l’humeur) et les boissons contenant de la quinine (comme le « tonic water ») en font partie. Certains aliments comme le céleri et le fenouil contiennent des substances photosensibilisantes, mais les réactions par ingestion restent rares. 

 

 

Quand consulter? 

 

Consultez votre pharmacien ou votre médecin si l’une de ces situations vous concerne : 

  • Vous avez un coup de soleil qui semble anormalement sévère par rapport au temps passé dehors.  
  • Vous remarquez des cloques, des plaques ou des démangeaisons intenses sur les zones exposées au soleil.  
  • Une réaction cutanée revient chaque fois que vous vous exposez au soleil.  
  • Vous remarquez une nouvelle lésion sur la peau qui change de forme, de couleur ou de taille (surtout si vous prenez de l’hydrochlorothiazide depuis longtemps).  
  • Vous ne savez pas si vos médicaments peuvent causer une réaction au soleil. 

Si la réaction est étendue (grandes surfaces de cloques, fièvre ou malaise général), contacter votre pharmacien ou Info-Santé au 811, consultez rapidement un médecin ou rendez-vous à une clinique sans rendez-vous. 

 

Le réflexe à prendre : parler à votre pharmacien

 

Il n’est pas toujours évident de savoir si un médicament que l’on prend depuis des années peut poser problème sous le soleil. C’est exactement le genre de question pour laquelle votre pharmacien est là. 

En consultant votre profil médicamenteux complet, il peut identifier les médicaments à risque, vous expliquer les précautions à prendre et, si nécessaire, explorer des alternatives avec votre médecin. Il peut aussi vous guider si une lésion cutanée nouvelle ou suspecte apparaît. 

Avant vos vacances, une activité extérieure prolongée ou un voyage dans le Sud, prenez cinq minutes pour lui poser la question. Il se fera un plaisir de vous répondre. 

Le soleil, c’est fait pour en profiter. Avec les bons réflexes, on en profite en toute sécurité. 

 

 

 

Auteur : Jean-Philippe Simon, pharmacien

 

 

 

Lecture complémentaire :

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Sources : Santé Canada, CHU Sainte-Justine, Association canadienne de dermatologie, National Institutes of Health (PMC/NCBI), Food and Drug Administration (FDA). 

 

Références

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