Prenez-vous trop de médicaments ? Demandez une révision !

Si votre armoire à pharmacie déborde comme un bas de Noël trop rempli, vous n’êtes pas seul. En réalité, au Québec, environ le tiers des personnes de 65 ans et plus prennent au moins 10 médicaments distincts. C’est beaucoup de piluliers à organiser! Mais à partir de combien de médicaments devrait-on s’interroger?

 

 

Selon une étude québécoise toute récente publiée en décembre 2025 par une équipe de l’Université Laval, huit serait le nombre clé. Donc, c’est à partir de ce seuil qu’un voyant devrait s’allumer et qu’une révision de la médication devient particulièrement importante.

Cette recherche, menée auprès de plus de 1,4 million de Québécois de 65 ans et plus, démontre que le nombre de médicaments pris est un excellent indicateur pour prédire les visites fréquentes à l’urgence et les problèmes de santé graves.

Par ailleurs, avec le vieillissement de la population et l’augmentation des maladies chroniques, la polymédication est devenue un enjeu majeur de santé publique. Heureusement, des solutions existent et votre pharmacien est là pour vous aider à y voir plus clair.

 

Qu’est-ce que la polymédication ?

 

La polymédication, ou polypharmacie, désigne l’usage simultané de plusieurs médicaments.

 

Au Québec, c’est une réalité pour de nombreuses personnes âgées. En effet, en 2022, plus de la moitié des aînés prenaient au moins un médicament potentiellement inapproprié pour leur condition.

Cependant, il ne faut pas confondre polymédication nécessaire et polymédication excessive. Certaines personnes ont réellement besoin de plusieurs médicaments pour bien contrôler leurs différents problèmes de santé. Par exemple, une personne qui souffre de diabète, d’hypertension, de cholestérol élevé et d’arthrite peut facilement se retrouver avec six ou sept médicaments parfaitement justifiés.

Le défi, c’est de s’assurer que chaque médicament reste approprié avec le temps. Parce que notre corps change, nos conditions évoluent, et ce qui était nécessaire il y a cinq ans ne l’est peut-être plus aujourd’hui. Un peu comme ce manteau d’hiver qu’on garde dans le garde-robe « au cas où », mais qui ne fait plus vraiment l’affaire.

 

Pourquoi huit est un nombre clé ?

 

L’étude menée par la professeure Caroline Sirois et son équipe de l’Université Laval a porté sur plus de 1,4 million de Québécois de 65 ans et plus vivant à domicile. Dans ce contexte, les chercheurs voulaient déterminer quel indicateur permettait le mieux de prédire les visites fréquentes à l’urgence (trois visites ou plus par année) et les décès.

Or, le résultat est clair, c’est le nombre de médicaments pris qui est un des meilleurs prédicteurs que bien des indicateurs complexes basés sur des critères de médication inappropriée. Le seuil de huit médicaments s’est révélé optimal pour identifier les personnes à risque.

Cela dit, cela ne signifie pas qu’il n’y a aucun risque si un patient prend moins de huit médicaments, ni que toutes les personnes qui en prennent huit ou plus auront nécessairement des complications. C’est plutôt une indication qu’il est temps de faire le point. Comme le dit la professeure Sirois: « Lorsque des professionnels de la santé rencontrent des patients qui prennent huit médicaments, ils devraient examiner avec soin leur médication afin de s’assurer qu’elle est adéquate. »

En somme, ce seuil offre une façon simple et rapide pour les pharmaciens, les médecins et même les patients eux-mêmes de reconnaître le moment idéal pour une révision en profondeur.

 

Les trois risques principaux de la polymédication

 

Pourquoi la polymédication peut-elle devenir problématique? La professeure Sirois identifie trois risques principaux qui méritent qu’on s’y attarde.

 

Médicaments devenus inappropriés

D’abord, certains médicaments qui étaient appropriés au moment où ils ont été prescrits peuvent ne plus l’être parce que la condition du patient a évolué. Par exemple, imaginons quelqu’un qui a commencé à prendre un médicament pour l’anxiété il y a dix ans, après un événement difficile. Aujourd’hui, cette personne va bien, mais le médicament est toujours represcrit « par habitude ». Avec le temps, ce médicament peut causer plus de problèmes qu’il n’en résout.

De plus, les personnes âgées sont particulièrement vulnérables à ce phénomène. Le corps change avec l’âge. De ce fait, le foie et les reins fonctionnent différemment, la masse musculaire diminue et la façon dont les médicaments sont absorbés et éliminés se modifie. Un médicament bien toléré à 60 ans peut devenir problématique à 75 ans.

 

Interactions médicamenteuses

Ensuite, le deuxième risque concerne les interactions entre les médicaments. Plus le nombre de médicaments augmente, plus le risque que certains d’entre eux interagissent de façon néfaste augmente aussi. Ces interactions peuvent réduire l’efficacité d’un médicament ou, au contraire, amplifier ses effets indésirables.

Parfois, on assiste même à ce qu’on appelle une « cascade médicamenteuse ». Cela arrive quand un médicament cause un effet secondaire qu’on traite avec un autre médicament. Ce second médicament peut causer lui-même un effet secondaire qu’on traitera avec un troisième médicament et ainsi de suite. C’est un peu comme essayer de boucher un tuyau qui fuit avec du ruban adhésif, puis mettre un seau en dessous, puis ajouter une serviette… Alors qu’en réalité, il aurait peut‑être suffi d’appeler le plombier dès le début.

 

Charge anticholinergique

Finalement, le troisième risque est plus technique mais tout aussi important. Il s’agit de la charge anticholinergique. L’acétylcholine est un neurotransmetteur essentiel. Elle joue notamment un rôle dans la mémoire, la concentration, le contrôle musculaire et plusieurs autres fonctions vitales.

Or, plus de 600 molécules ont un effet anticholinergique, c’est-à-dire qu’elles bloquent l’action de l’acétylcholine. Individuellement, certains de ces médicaments ont un effet modéré. Mais lorsqu’on en prend plusieurs en même temps, leurs effets peuvent s’additionner. Au Québec, environ 14% des aînés présentent une charge anticholinergique importante.

Les conséquences peuvent être sérieuses. On peut observer de la confusion, des troubles de mémoire, de la somnolence, une bouche sèche, de la constipation, une difficulté à uriner et, surtout, un risque accru de chutes. En outre, des études récentes montrent que les personnes âgées exposées à une charge anticholinergique élevée ont un risque 2,6 fois plus élevé de développer un déclin cognitif ou une démence.

Parmi les médicaments courants ayant des effets anticholinergiques, on trouve certains antihistaminiques (comme le Benadryl), certains médicaments pour la vessie hyperactive, plusieurs antidépresseurs, et même certains médicaments pour les troubles digestifs.

 

 

Reconnaître les signes d’alerte

 

Comment savoir si votre médication pourrait poser problème? Voici quelques signaux qui devraient vous inciter à en parler avec votre pharmacien ou votre médecin. 

 

    • Des effets indésirables nouveaux ou inexpliqués qui apparaissent après l’ajout d’un médicament (ou même sans ajout apparent) méritent toujours d’être mentionnés. Il est facile d’attribuer ces symptômes au vieillissement alors qu’ils peuvent être causés par un médicament.
    • Les chutes fréquentes sont un autre signal d’alarme important. Plusieurs médicaments peuvent affecter l’équilibre, causer des étourdissements ou réduire la vigilance. Si vous ou un proche avez fait plusieurs chutes récemment, une révision de la médication s’impose.
    • La confusion ou les troubles de mémoire nouveaux ne sont pas nécessairement des signes de démence. Ils peuvent être causés ou aggravés par certains médicaments, particulièrement ceux avec des effets anticholinergiques.
    • Les hospitalisations répétées ou les visites fréquentes à l’urgence sont souvent un signe que quelque chose ne va pas dans la gestion globale de la santé d’un patient et la médication joue souvent un rôle dans cette équation.
    • Finalement, si vous trouvez votre médication trop complexe à gérer, que ce soit avec trop de pots de pilules, trop d’horaires différents ou que vous avez de la difficulté à vous y retrouver, c’est aussi un signe qu’une simplification serait possiblement bénéfique. Après tout, un traitement qui n’est pas pris correctement ne peut pas être efficace. 

 

 

La révision de la médication, une solution concrète 

 

Concrètement, cela peut se présenter sous plusieurs formes. Que ce soit simplement une vérification rapide ou une évaluation complète et attentive, une révision avec votre professionnel de la santé peut s’avérer très bénéfique.

 

Dans l’idéal, une révision de la médication examine idéalement tous les médicaments que vous prenez. On examine les médicaments prescrits, bien sûr, mais aussi ceux en vente libre, les vitamines, les suppléments et les produits naturels. Oui… Même ce petit comprimé de glucosamine que vous prenez « juste pour les articulations » peut compter dans l’équation.

Au fond, l’objectif est de s’assurer que chaque médicament est encore nécessaire, qu’il est toujours approprié pour votre condition actuelle, que la dose est optimale, et qu’il n’y a pas d’interactions problématiques. C’est aussi l’occasion de vérifier que vous comprenez bien pourquoi vous prenez chaque médicament et comment le prendre correctement.

Par ailleurs, le processus est collaboratif. Votre pharmacien évalue votre médication, discute avec vous de vos symptômes et de vos préoccupations, puis communique avec votre médecin pour proposer des ajustements si nécessaire. Ce travail d’équipe est essentiel pour optimiser votre traitement.

Enfin, ce n’est pas nécessairement un service formel avec rendez-vous (même si certaines pharmacies l’offrent). Souvent, ça se fait de façon plus informelle, vous prenez quelques minutes avec votre pharmacien pour faire le point, surtout quand vous venez à la pharmacie pour venir chercher vos médicaments. L’important, c’est de prendre ce temps ensemble si nécessaire.

 

 

Qui peut en bénéficier ?

 

Les personnes de 65 ans et plus qui prennent huit médicaments ou plus sont des candidates idéales pour une révision complète. Mais d’autres situations justifient également cette démarche.

Si vous souffrez de plusieurs conditions chroniques (diabète, hypertension, arthrite, dépression, etc.), même avec moins de huit médicaments, une révision peut être très utile pour s’assurer que tous vos traitements travaillent en harmonie.

Après une hospitalisation, c’est un moment critique. Souvent, de nouveaux médicaments ont été ajoutés, d’autres ont été modifiés ou éliminés. Il faut alors s’assurer que la transition entre l’hôpital et la maison se fasse bien. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’un bilan comparatif des médicaments peut être effectué par votre équipe traitante pour assurer une transition sécuritaire.

Si vous ressentez des effets indésirables, des symptômes nouveaux ou inexpliqués, ou si vous avez l’impression que vos médicaments ne fonctionnent plus aussi bien qu’avant, c’est le moment d’en parler.

Même sans problème apparent, une révision annuelle est recommandée pour toute personne qui prend plusieurs médicaments. Un peu comme l’entretien annuel de la voiture… Mieux vaut prévenir que réparer.

 

 

Le rôle du pharmacien

 

Avant tout, votre pharmacien est un professionnel de première ligne particulièrement bien placé pour faire cette révision avec vous. Il connaît vos médicaments, il a accès à votre dossier pharmaceutique complet et il possède l’expertise nécessaire pour identifier les problèmes potentiels.

 

Par ailleurs, il n’est pas nécessaire de suivre un protocole compliqué ou de prendre un rendez‑vous formel. Parfois, ça commence simplement par « J’aimerais qu’on regarde ensemble mes médicaments, j’ai l’impression que c’est rendu pas mal compliqué. » Votre pharmacien sera heureux de prendre ce temps avec vous.

De plus, le pharmacien travaille en collaboration avec votre médecin. Il communiquera avec lui pour discuter des meilleures options si cela s’avère nécessaire. Vous n’avez pas à choisir entre votre pharmacien et votre médecin. Ils travaillent ensemble pour vous.

 

La déprescription, quand c’est possible

 

Aujourd’hui, la déprescription est un terme qu’on entend de plus en plus. Il s’agit de la réduction ou de la cessation de médicaments qui ne sont plus bénéfiques ou qui causent plus de tort que de bien.

 

À première vue, contrairement à ce qu’on pourrait penser, déprescrire ne signifie pas simplement arrêter des médicaments. C’est une approche prudente, progressive et supervisée. Certains médicaments ne peuvent pas être arrêtés brusquement sans risque. Il faut parfois réduire graduellement la dose sur plusieurs semaines ou même plusieurs mois.

Par exemple, les médicaments les plus souvent ciblés par la déprescription incluent les benzodiazépines (médicaments pour l’anxiété ou le sommeil comme l’Ativan), les antipsychotiques parfois prescrits pour des raisons inappropriées, et les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP, comme le Pantoloc) utilisés à long terme pour des problèmes digestifs sans indication claire

Bonne nouvelle, la déprescription peut vraiment améliorer la qualité de vie. Moins de médicaments, c’est souvent moins d’effets secondaires, moins de risques d’interactions et une médication plus simple à gérer. Parfois même une amélioration des symptômes qu’on croyait causés par la maladie alors qu’ils étaient causés par les médicaments.

Enfin, il est important de souligner que la déprescription doit toujours se faire sous supervision médicale. N’arrêtez jamais un médicament de votre propre chef sans en avoir parlé avec votre pharmacien ou votre médecin.

 

Comment agir concrètement

 

Vous vous demandez par où commencer? Voici des actions concrètes que vous pouvez entreprendre dès maintenant.

 

La première étape est de tenir une liste complète et à jour de tous vos médicaments. Et quand on dit tous, on parle vraiment de tous. Il faut inclure les médicaments prescrits, les médicaments en vente libre que vous prenez régulièrement (même le Tylenol ou les Tums), les vitamines, les suppléments, les produits naturels, et même les crèmes ou gouttes que vous utilisez.

Ensuite, sur cette liste, notez pour chaque médicament le nom, la dose, la fréquence et, si possible, la raison pour laquelle vous le prenez. Gardez cette liste dans votre portefeuille ou sur votre téléphone, et mettez-la à jour chaque fois qu’il y a un changement. Vous pouvez demander à votre pharmacien, celui-ci peut vous fournir une liste à jour des médicaments à votre dossier.

 

L’approche du sac brun : un truc simple et efficace

 

Lors de votre prochaine visite à la pharmacie, pourquoi ne pas apporter tous vos médicaments? Littéralement, mettez tous vos contenants dans un sac brun et apportez-les. Ça peut sembler drôle, mais c’est une des meilleures façons de faire le point. Votre pharmacien pourra voir exactement ce que vous prenez, vérifier les dates de péremption, repérer les doublons et même découvrir des médicaments que vous ne prenez plus mais que vous avez gardés « au cas où ».

Par la même occasion, c’est aussi le moment parfait pour faire le ménage de votre armoire à pharmacie! Profitez-en pour rapporter les médicaments expirés ou inutilisés à la pharmacie pour une élimination sécuritaire. Bien sur, ne les mélanger pas dans le sac de vos médicaments actuels.

Surtout, n’hésitez pas à poser des questions. Pour chaque médicament, vous pouvez demander, par exemple « Pourquoi je prends ce médicament? Est-ce que j’en ai encore besoin? Y a-t-il des alternatives? » Aucune question n’est trop simple ou trop bête. Et pour finir, si vous ne comprenez pas quelque chose, c’est important de le dire.

 

Une révision annuelle : un rendez‑vous à ne pas manquer

 

Enfin, prenez l’habitude de faire le point sur votre médication au moins une fois par an, idéalement au même moment que votre bilan de santé annuel, que ce soit avec votre médecin ou votre pharmacien. Si vous prenez huit médicaments ou plus, ce moment de révision devient encore plus important. C’est un peu comme le grand ménage du printemps, mais pour votre armoire à pharmacie.

 

Reprendre le contrôle de votre médication

 

En conclusion, la polymédication n’est pas une fatalité. Le seuil de huit médicaments identifié par l’étude de l’Université Laval n’est pas un verdict, c’est un signal pour agir. Simplement, c’est l’occasion de faire le point, de s’assurer que votre médication travaille vraiment pour vous et non contre vous.

 

Autrement dit, rappelez-vous que l’objectif n’est pas nécessairement de réduire le nombre de médicaments à tout prix. En réalité, certaines personnes ont vraiment besoin de huit, dix ou même quinze médicaments pour bien gérer leurs conditions de santé. Alors, l’objectif, c’est de s’assurer que chaque médicament a encore sa place, qu’il reste approprié et qu’ensemble, ils forment une thérapie optimale.

Par conséquent, une médication bien ajustée peut transformer votre qualité de vie. Moins d’effets secondaires, plus d’énergie, une meilleure mémoire, moins de risques de chutes, et souvent une simplification qui rend votre quotidien plus facile.

Votre pharmacien affilié à Horizon Santé est là pour vous accompagner dans cette démarche. N’attendez pas d’avoir un problème pour en parler. La prévention et la révision de votre médication sont de bonnes façons de vous assurer que votre médication reste votre alliée.

Rappelez-vous que votre santé mérite cette attention et que vous méritez de vous sentir au meilleur de votre forme avec une médication qui travaille vraiment pour vous !

 

Références

 

Auteur : Jean-Philippe Simon, pharmacien

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Les services pharmaceutiques présentés dans cet article sont fournis par les pharmaciens propriétaires affiliés au Groupe Horizon Santé. Les pharmaciens sont les seuls responsables des activités professionnelles pratiquées dans le cadre de l’exercice de la pharmacie.

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