Tout le monde connaît un homme qui ronfle. Son partenaire le pousse du coude la nuit, ses amis en rient au chalet. On banalise. On banalise, on trouve ça normal. Pourtant, quand le ronflement s’accompagne de pauses respiratoires, de fatigue persistante et de somnolence au volant, on est loin d’un simple inconfort nocturne.
En réalité, l’apnée obstructive du sommeil (AOS) est un trouble sérieux, chronique, et largement sous-diagnostiqué, surtout chez les hommes. De plus, au-delà de la fatigue, l’AOS non traitée est associée à des problèmes cardiovasculaires, au diabète de type 2 et à la dépression. Et cette semaine, alors qu’on souligne la Semaine internationale de la santé des hommes, c’est le bon moment d’en parler pour vrai.

Qu’est-ce que l’apnée du sommeil ?
L’apnée du sommeil, c’est un arrêt répété de la respiration durant le sommeil. Dans sa forme la plus fréquente, l’apnée obstructive, les muscles de la gorge se relâchent trop, les tissus s’affaissent et bloquent le passage de l’air. Conséquence directe, le cerveau, privé d’oxygène, déclenche des micro-réveils trop brefs pour qu’on s’en souvienne, mais suffisants pour fragmenter le sommeil des dizaines, voire des centaines de fois par nuit.
Résultat, vous dormez huit heures et vous vous levez épuisé. Ce n’est pas dans votre tête.
Pourquoi les hommes sont plus touchés ?
On estime qu’au moins 10% des hommes d’âge moyen souffrent d’apnée du sommeil symptomatique et ce chiffre peut dépasser 30% si l’on inclut les formes légères. De plus, le syndrome est deux fois plus fréquent chez les hommes d’âge moyen que chez les femmes.
Plusieurs facteurs expliquent cette différence: la morphologie du cou et des voies respiratoires supérieures, une tendance plus marquée à l’accumulation de graisse autour de la gorge, et des comportements à risque plus répandus comme la consommation d’alcool et de tabac. Par ailleurs, l’âge joue aussi; les risques augmentent nettement après 40 ans.
À noter également que chez la femme, la fréquence devient comparable à celle des hommes après la ménopause, ce qui confirme que les hormones jouent un rôle protecteur jusqu’à un certain point.
Les signes que ce n’est pas juste « du ronflement »
Le ronflement seul n’est pas suffisant pour poser un diagnostic, mais certains signaux doivent vous mettre la puce à l’oreille, ou plutôt, mettre la puce à l’oreille de votre partenaire, qui est souvent le premier à remarquer les pauses respiratoires.
Pendant la nuit, soyez attentif à un ronflement fort et régulier, des pauses respiratoires observées par l’entourage, une sensation d’étouffement ou de vous éveiller en sursaut, un sommeil agité avec des besoins fréquents d’uriner et des sueurs nocturnes.
Au réveil et durant la journée, notez si vous avez des maux de tête le matin, une fatigue persistante même après une nuit complète, une somnolence au volant ou au travail, une baisse de concentration, de mémoire et d’humeur, une irritabilité, une déprime, ainsi qu’une baisse de libido.
Dans votre cas, si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces signes, ça vaut la peine d’en parler.
Pourquoi c’est important de traiter
L’apnée du sommeil non traitée n’est pas qu’un problème de fatigue.
Sur le plan cardiovasculaire, elle est associée à l’hypertension artérielle, aux maladies coronariennes, aux arythmies et aux accidents vasculaires cérébraux. De plus, le diabète de type 2 figure aussi parmi les complications documentées.
Sur la route, les personnes atteintes présentent environ trois fois plus de risques d’avoir un accident de la route que la population générale. La fatigue au volant serait d’ailleurs impliquée dans environ 20% des collisions mortelles au Canada.
Enfin, les répercussions sur la santé mentale sont réelles: dépression, déclin cognitif, isolement social. Autrement dit, l’apnée du sommeil est un problème de santé global, pas uniquement nocturne.
Comment savoir si vous êtes à risque: le questionnaire STOP-BANG
L’outil de dépistage le plus utilisé et le mieux validé scientifiquement est le questionnaire STOP-BANG.
Ses huit questions portent sur:
- S pour Snoring (ronflement): Vous ronflez fort ?
- T pour Tired (fatigue): Vous vous sentez fatigué, somnolent durant la journée ?
- O pour Observed (observé): Quelqu’un a observé que vous cessez de respirer la nuit ?
- P pour Pressure (pression artérielle): Vous avez de l’hypertension ?
- B pour BMI (indice de masse corporelle): Votre indice de masse corporelle est supérieur à 35 ?
- A pour Age (âge): Vous avez plus de 50 ans ?
- N pour Neck (tour de cou): Votre tour de cou est supérieur à 40 cm ou à 16 pouces ?
- G pour Gender (sexe): Vous êtes un homme ?
Un score de 0 à 2 réponses positives indique un faible risque. Un score de 3 ou plus suggère un risque significatif d’apnée modérée à sévère.
Votre pharmacien peut vous aider à remplir ce questionnaire et vous orienter vers les bonnes ressources.
Quand et comment consulter au Québec
Si votre questionnaire STOP-BANG révèle un score de 3 ou plus, la prochaine étape est de consulter votre médecin de famille ou un médecin en clinique sans rendez-vous. Il pourra vous prescrire un test diagnostique s’il le juge nécessaire.
Deux types d’examens existent principalement : la polygraphie cardiorespiratoire, réalisée à domicile avec des capteurs, qui enregistre votre respiration, votre taux d’oxygène et vos ronflements pendant la nuit ; et la polysomnographie complète, menée en laboratoire du sommeil, qui offre une évaluation plus complète et que l’on recommande généralement lorsque le diagnostic est incertain ou que d’autres troubles du sommeil sont soupçonnés.
Par ailleurs, l’INESSS (Institut national d’excellence en santé et en services sociaux) souligne que le choix du test doit reposer sur l’évaluation clinique; le test à domicile ne convient pas à toutes les situations. Les faux négatifs peuvent représenter de 25 à 50% des résultats. Un résultat négatif au test à domicile, surtout chez un patient très symptomatique, devrait idéalement mener à une polysomnographie en laboratoire.
Enfin, à Québec, l’IUCPQ (Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie du Québec) dispose d’un laboratoire régional des troubles respiratoires du sommeil spécialisé.
Et les traitements ?
Le traitement le plus efficace pour l’apnée modérée à sévère reste l’appareil à pression positive continue (CPAP). Cet appareil maintient les voies respiratoires ouvertes grâce à un flux d’air continu. Le CPAP améliore significativement la qualité du sommeil, réduit la somnolence et peut contribuer à un meilleur contrôle de la pression artérielle.
Pour les cas légers à modérés ou chez les patients ne tolérant pas le CPAP, une orthèse d’avancement mandibulaire, un appareil dentaire sur mesure, peut représenter une option intéressante. Par ailleurs, la perte de poids, la réduction de la consommation d’alcool et éviter de dormir sur le dos sont aussi des mesures qui font une réelle différence.
Et les médicaments ?
Par ailleurs, certains médicaments utilisés pour favoriser la perte de poids ont récemment montré des résultats prometteurs dans la réduction de l’apnée du sommeil. En effet, en favorisant une perte de poids importante, ils peuvent réduire significativement le nombre d’épisodes d’apnée par nuit. À titre d’exemple, aux États-Unis, un de ces médicaments, le tirzépatide, a d’ailleurs été approuvé pour le traitement de l’apnée modérée à sévère chez les personnes obèses. Au Canada, cette indication n’est pas encore approuvée, mais la recherche avance rapidement dans ce domaine.
Plus aller plus loin, discutez avec votre pharmacien ou votre médecin si vous souhaitez en savoir plus sur ces options.
Ce que votre pharmacien peut faire pour vous
Votre pharmacien est souvent le professionnel de la santé que vous voyez le plus régulièrement. Ainsi, il peut vous aider à évaluer votre risque avec le questionnaire STOP-BANG, vous orienter vers votre médecin au bon moment, et assurer un suivi si vous utilisez un CPAP, notamment pour vérifier la tolérance, répondre à vos questions et vous accompagner dans l’ajustement à l’appareil.
De plus, si vous avez des doutes sur votre sommeil, ou si quelqu’un autour de vous vous dit que vous ronflez trop fort, venez nous en parler en pharmacie. Une simple conversation peut parfois changer bien des choses !

Auteur : Jean-Philippe Simon, pharmacien
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Sources : Association pulmonaire du Canada, Santé publique Canada, INESSS, CISSS des Laurentides (Santé Québec), CHUM, IUCPQ, Société canadienne du sommeil, INSERM, SomnoPlus.
Références
- https://www.chumontreal.qc.ca/sites/default/files/2021-09/207-3-apnee-du-sommeil.pdf
- https://www.santelaurentides.gouv.qc.ca/soins-et-services/soins-respiratoires/apnee-du-sommeil/
- https://css-scs.ca/wp-content/uploads/2025/08/45126.Sleep_Apnea_FR.pdf
- https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies-chroniques/apnee-sommeil.html
- https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0001407919335587
- https://somno.plus/examens/questionnaire-stop-bang/
- https://www.inesss.qc.ca/publications/repertoire-des-publications/publication/diagnostic-a-domicile-de-lapnee-obstructive-du-sommeil-chez-lenfant.html
- https://www.iucpq.ca/annuaire/laboratoire-regional-des-troubles-respiratoires-du-sommeil/
- https://poumonquebec.ca/maladies/apnee-du-sommeil/
- https://fondationsommeil.com/
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